Mes racines ou ma « race in » Algérie mon Amie

Loin de s’éloigner de l’Algérie et de ses racines, Sarah ne s’en est toujours que plus rapprochée et un amour indescriptible la lie encore aujourd’hui à la terre de ses ancêtres, dont elle est fière et honorée d’appartenir.

A chacun de ses allers et retours en Algérie, Sarah se sentait enveloppée d’une torpeur dès que la porte de l’avion s’ouvrait ; une émotion indescriptible la prenait aux entrailles à mesure qu’elle comprenait enfin cet attachement qu’avaient ses parents à leur terre natale. Malgré leurs souffrances subies pendant la guerre et la dureté de la vie, ils avaient gardé du pays de beaux moments d’émotion, en y laissant leurs parents, leurs frères et sœurs et deux de leurs enfants dont l’aînée, enterrée à l’âge de deux ans.

Enfant, Sarah ne comprenait pas pourquoi, lorsque ses parents rentraient en France, leurs bagages étaient chargés d’oranges, de pain cuit dans le « koucha »[1]. Elle leur disait naïvement « mais il y a tout ce qu’il faut en France, pourquoi vous charger autant au retour ? ». Ils se regardaient et avaient ce sourire bienveillant qui voulait dire : « Peut-être un jour, si cela t’intéresse, tu comprendras pourquoi ?».

Les années passèrent et malheureusement, c’était l’heure où la feuille tombe[2] et les parents de Sarah décédèrent la même année, à quelques mois d’intervalle.

Heureusement, durant des années, Sarah leur avait rendu visite, à plusieurs reprises, que ce soit en France, ou dans leur maison de Chlef en Algérie. Et à chacune de ses visites, Sarah lisait dans leurs regards tout à la fois fierté indicible et gratitude car ils partagent alors ensemble des moments marquants en racontant leur histoire. En Algérie, ils l’emmenaient rencontrer la famille paternelle, car du côté maternel, sa maman était orpheline de père et mère et pratiquement aucun membre de la famille maternelle de Sarah n’avait survécu.

Les parents de Sarah auraient sincèrement souhaité, au moins une seule fois tout du moins, recevoir tous leurs enfants réunis dans la grande maison familiale de Chlef, mais beaucoup avaient la « maladie » de la sourde oreille et avaient finalement eu le « mal a dit » du cœur sourd.

Dès que Sarah se retrouvait avec ses parents, la chaleur humaine prenait toute sa dimension. Elle avait l’impression d’être déconnectée du monde pour un « one, two, three, viva l’Algérie » et chaque instant était apprécié à sa juste valeur. Ses frères et sœurs n’étaient pas du tout connectés avec l’Algérie. Tous se rappelaient qu’ils étaient d’origine algérienne, mais pour eux, être algériens était peut-être plus une option qu’une vraie valeur (excepté, peut-être, le seul frère qui vivait en Algérie depuis l’âge de 16 ans, y étant né).

Pour en revenir aux fameux bagages emplis de friandise de ses parents, Sarah le comprit quelques années plus tard, rendant visite à sa belle-famille vivant en Algérie. Ils se trouvaient dans la cuisine  dînant ensemble dans une ambiance chaleureuse quant au moment du dessert, Sarah savoura une orange dont le goût lui parut inoubliable et dont, aujourd’hui encore, elle en ressent les effluves.

Aussi, Sarah eut-elle enfin la réponse à la remarque de ses parents : « Peut-être un jour, si cela t’intéresse, tu comprendras pourquoi ? ». Elle avait eu exactement la même réaction qu’eux des années auparavant. Oui, c’était vraiment cela ! En emportant des oranges du pays dans ses bagages, du pain cuit dans le « koucha », Sarah emportait un soupçon du cocon familial, cette odeur de la terre de ses ancêtres qui la pénétrait jusqu’au fond de ses entrailles et qui palliait ainsi l’éloignement déchirant de ses racines et la séparation des deux continents par la mer méditerranée.

Ce n’était nullement une question de gourmandise, mais bien plus une gourmandise du souvenir et que le « gourmand…dise » ce qu’il voulait garder à l’intérieur en prolongation, même en quittant le territoire, comme la petite fille aux allumettes [3] craquant ses allumettes le plus longtemps possible pour se maintenir en vie.

Sarah remercie Dieu de lui avoir insufflé une évidence aussi importante, aussi poignante. Aujourd’hui encore, lorsqu’elle se rend en Algérie, avec toujours autant d’émotion et, lorsqu’elle déguste une orange, elle goûte symboliquement la saveur de l’amour filial et, même si feu ses parents ne sont plus, les sensations de la mémoire s’avèrent somme toute indéfectibles. Quand Sarah a une pensée pour ses parents, le sourire était au rendez-vous, parce qu’il existe toujours cet amour pour eux, qui lui, est indestructible.

On ne leur avait pas appris à dire « je t’aime » à leurs enfants. Aussi, les parents de Sarah se débrouillaient-ils avec leur propre langage. Sa mère s’évertuait à bien élever ses enfants, à ce qu’ils fassent des études. Bien qu’analphabète, elle les couvait comme une louve car l’orpheline n’avait qu’eux. Son père était très impressionnant et un seul regard suffisait à leur glacer le sang à cent pour cent mais finalement, cette attitude avait bien aidé leurs enfants dans leurs vies. Cependant, lors des réunions de famille, cela lui avait porté préjudice car aucun de ses enfants n’osait trop l’approcher et tout bien considéré, il s’était senti isolé.

Sarah comprit qu’il en souffrait beaucoup. La famille était réunie un vendredi soir dans la cuisine, entourant leur mère comme à leur habitude et, lorsque Sarah apporta le repas au patriarche dans le salon, elle croisa son regard qu’elle n’oubliera sans doute jamais. Il y avait une reconnaissance et, en même temps, une telle tristesse qui en disait long sur ce qu’il y avait dans son cœur. Elle sut ce qu’il voulait dire sans qu’il le lui dise.

A partir de ce jour-là, lors de leurs réunions en famille, Sarah prenait son assiette et rejoignait son père dans le salon. Les premiers temps, ils mangeaient en silence car il était tant ému qu’elle le comprenne. Ce n’était pas une con….fusion mais une fusion tout court.

Sa mère ne comprenait pas ce changement, cependant Sarah faisait en sorte de garder cette habitude et lorsque son père lui demandait de lui couper les cheveux - bien qu’il n’en eût pas réellement besoin car il n’en avait, ni en bataille, ni en masse - c’était juste pour lui dire « je t’aime ma fille, j’aimerais partager un moment seul avec toi ». Il fallait, non pas avoir le décodeur de Canal + mais plutôt le décodeur du canal « d’Algérie ».

Il a fallu ensuite que Sarah temporise car, un certain âge atteint, les parents redeviennent parfois des enfants et peuvent être inconsciemment jaloux entre eux. Il fallait qu’elle accorde du temps aussi bien à l’un qu’à l’autre pour qu’aucun ne se sente délaissé et, pour rien au monde Sarah ne les aurait laissés pour des « laissés pour compte » et pourtant, certains les avaient délaissés car ils s’en étaient lassés.

Certes, personne n’est parfait et fort heureusement d’ailleurs car le monde serait bien fade. Cependant, les parents, on ne les choisit pas, mais au fil du temps, sous leur dureté des mots parfois mi acides ou mi sucrés, on découvrait alors qu’ils aimaient leurs enfants et qu’ils n’avaient simplement pas su de quelle manière leur exprimer leurs sentiments vis-à-vis d’eux, pour lesquels ils ressentaient de l’amour, avec plus ou moins de doses, mais sans « over dose ».



[1] Four traditionnel en argile.

[2] Expression : lorsque la mort survient.

[3] La Petite Fille aux allumettes (en danois Den Lille Pige Med Svovlstikkerne) est un conteécrit par Hans Christian Andersen, publié la première fois le 18 novembre 18451 dans le cinquième volume de ses Contes (Nye Eventyr). Il narre l'histoire d'une fillette qui vend des allumettes aux passants, cherche à se réchauffer en les brûlant mais meurt de froid dans la nuit du Jour de l'An après avoir eu des visions ineffables, dont celle du seul être humain qui l'ait jamais aimée, sa grand-mère récemment décédée. (Référence Wikipédia)



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